Les avancées de la souveraineté alimentaire

Dans le cadre de la conférence sur la souveraineté alimentaire qui se tiendra le mercredi 7 octobre 2009 à 19  h 00 au Centre communautaire Saint-Pierre, voici un texte de M. André Beaudoin.

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Le contexte
De l’autosuffisance alimentaire à la souveraineté alimentaire, en passant par la sécurité alimentaire.Il faut savoir que d’un point de vue historique, la sécurité alimentaire s’est présentée comme étant un choix de société qui allait remplacer celui de l’autosuffisance alimentaire. En effet, l’autosuffisance alimentaire, aux yeux de plusieurs économistes, s’inscrivait au mieux, dans le courant interventionniste des États, au pire dans un système étatique, voire même communiste, donc dans un système d’économie planifiée. La sécurité alimentaire se proposait d’ouvrir les frontières, de libérer le marché et ainsi de répondre à une demande que l’autosuffisance ne pouvait pas combler, surtout à moindre coût. Selon la théorie de la pensée économique dominante de l’époque, et faut-il le rappeler, soutenue par le couple Reagan-Thatcher, la sécurité alimentaire allait permettre à terme de nourrir tous les êtres humains de la planète.

Au tournant du siècle, lorsqu’on introduisit la souveraineté alimentaire, l’idée fut accueillie froidement, même à ’Union des producteurs agricoles (UPA). Après avoir lutté pour l’autosuffisance alimentaire, et lutté pour la maintenir, après avoir été bafoué et ridiculisé, au milieu des années 90 par les nombreux tenants du libéralisme économique,encore fallait-il se battre pour défendre un nouveau concept, celui de la souveraineté alimentaire. Certains voulaient battre en retraite plutôt que d’ouvrir un nouveau front.D’autres, oeuvrant dans des productions d’exportation, ne voyaient pas vraiment comment la souveraineté alimentaire allait résoudre leurs problèmes.

Pour le gouvernement canadien, le libéralisme économique représentait des économies substantielles et, par surcroît, sans risque de rovoquer de l’insécurité alimentaire dans le pays. En effet, 33 millions d’habitants dans un des plus grands pays du monde, voisins des États-Unis et à proximité du Brésil, il n’y avait pas de quoi avoir peur de la pénurie alimentaire. Le Canada a alors coupé les subventions de façon draconienne et a laissé le marché faire le travail à sa place. Sacrifier l’agriculture pour se positionner sur d’autres marchés, à ses yeux beaucoup plus porteurs, tels que le pétrole, les services et les nouvelles technologies, voilà en quoi a consisté le choix qui n’a pas semblé difficile à faire pour le Canada.

Pour le gouvernement provincial, même le terme pose problème. La souveraineté est un sujet délicat chez-nous. Il est facile de faire peur à certaines catégories de la population avec la souveraineté. Plus fondamentalement encore, l’agriculture étant une juridiction partagée entre le fédéral et les provinces, le Québec ne peut agir seul dans ce domaine. Il peut cependant faire beaucoup plus qu’il ne le fait actuellement.

Comme on peut le constater, chaque palier de décision a ses propres motifs expliquant une certaine réticence envers l’idée de souveraineté alimentaire. Ce faisant, la perspective générale est un blocage avec lequel il faut composer pour faire avancer l’idée, et enfin, le projet de souveraineté alimentaire. Nos avancées s’inscrivent donc dans ce schéma canadien certes mais sans oublier qu’à l’échelle continentale et internationale, beaucoup de noeuds lient les esprits et viennent ainsi nuire à la compréhension du concept de la souveraineté alimentaire surtout qu’il s’inscrit à contre-courant du néo-libéralisme.

Le pourquoi

À l’UPA, ce sont d’abord nos relations avec les pays du Sud qui nous ont ouvert les yeux parce que nous avons constaté que l’agriculture familiale était fragilisée partout dans le monde et qu’elle était menacée sur plus d’un front. Parmi les éléments qui éliminent peu à peu les exploitations agricoles de type familial, l’accès au marché est le plus visible, mais l’accès aux services, à l’information, au savoir et au capital contribuent aussi à éliminer peu à peu les exploitants agricoles de type familial. Ensuite, parce que l’on a trouvé dans le concept de souveraineté alimentaire les éléments qui nous permettaient de mieux défendre les mécanismes collectifs de mise en marché, tels que la gestion de l’offre. Et pour finir, parce que nous savons que la souveraineté alimentaire nous ramenait à la mission première de l’agriculture, à savoir de préserver la terre nourricière pour mieux nourrir le monde.

Le comment

Le Mouvement pour une agriculture équitable (MAÉ MAÉ) a été l’un des premiers pas concrets vers l’acceptation de la souveraineté alimentaire au Québec. La définition de six droits et le travail de sensibilisation qui a accompagné le mouvement ont servi de base pédagogique.

Ceci a conduit entre autres, à la marche de Montréal « D’abord nourrir notre monde » où monsieur Mamadou Cissokho, un défenseur infatigable de la Souveraineté alimentaire est venu nous dire de tenir bon, et que nous n’étions pas seuls.

UPA Développement international (UPA DI) a aussi présenté un mémoire à la Commission sur l’avenir de l’agriculture du Québec. Ce mémoire a porté uniquement sur la souveraineté alimentaire, thème qui fut d’ailleurs largement soutenu à travers bon nombre d’autres mémoires livrés à la Commission.

UPA DI a organisé au fil du temps plusieurs activités au Québec et ailleurs dans le monde portant sur la souveraineté alimentaire. Le dernier événement fut celui qui nous a permis de dire « qu’on ne riz pas avec la faim ». Nous avons voulu rappeler que les objectifs du Millénaire, pris par l’ensemble des dirigeants du monde, risquent de ne pas être respectés. Ainsi, si la tendance se maintient, en 2015 le néo-libéralisme aura fait la preuve qu’il n’est pas capable de répartir la richesse suffisamment pour permettre à un milliard d’êtres humains sur la planète de manger à leur faim.

Il aura fallu dix ans pour que le concept, parti de l’Amérique du Sud, porté par les Africains, rejoigne l’Occident et devienne une alternative plausible au libéralisme économique appliqué bêtement à l’agriculture. Il nous reste maintenant à instrumenter ce concept pour qu’il devienne un imposant outil de développement durable partout dans le monde.
André D. Beaudoin

UPA développement international
Secrétaire général

Quelques liens

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